dimanche 28 octobre 2012

BBC - Didier Bocquet Interview



Pic by Didier Robin
Pic by Didier Robin


Long Silence (le poids de l’Administration sans doute….) et (quand on y croit plus)… dans l’obscurité de la petite salle… une vibration, un zzz profond caractéristique, avec juste le point rouge. Hey… c’est un ampli ça !!!

… Pleine lumière : ‘Tout le monde est là ?’.

En face, t’as BBC… à 1 mètre !


Keep on Moving.




Didier bonjour… Avant toute chose, je me suis laissé dire qu’un de tes péchés mignons, était de faire le guitariste incognito dans les baloches obscurs du côté du Château Blanc, où systématiquement après les riffs, tu règles tes comptes à coups de gifles… Rassures-moi, il n’y a rien de vrai dans tous ces ignobles racontars ….


Bonjour ! Well, heu… Je suppose qu’il s’agit d’une rumeur colportée par une certaine presse de la (rive) Droite ! Même si le vieil adage « Il n’y a pas de fumée sans feu » est à mon humble avis, une totale ineptie, force est de reconnaître qu’une partie de cette légende trouve sa source dans mes origines « Rive Gauche ». J’ai en effet grandi dans la banlieue rouennaise, à une époque où les orchestres sévissaient encore à l’occasion des fameux bals du 14 juillet, avant qu’ils ne soient remplacés par ces horreurs nommés « disco-mobile ». A Saint-Etienne du Rouvray, c’était souvent le groupe « Mardi Sous La Pluie » qui se produisait. Certains des musiciens de cette formation étaient des types dans le milieu rock rouennais (ancien de Rotomagus) et j’attendais toujours avec impatience les morceaux les plus rock qu’ils balançaient entre deux daubes…. On s’approchait le plus possible de la scène pour voir le matos, guitares, amplis etc…. On reculait ensuite dès le début de l’inévitable bagarre entre bandes qui clôturait traditionnellement des festivités. On regardait ça de loin, puis on rentrait chez nous….




2) Rouennais et 10 ans de BBC donc, et aujourd’hui, un « vrai » premier disque. Peux-tu nous raconter l’histoire de votre nouveau-né ?


C’est d’abord l’histoire d’un disque qui n’aurait logiquement jamais dû voir le jour. BBC s’est formé fin 2002, après près de dix années volontaires d’abstinence musicale pour moi, suite à la séparation de Tweed. Je n’ai pas trop envie de préciser les raisons qui m’ont redonné l’envie, c’est un truc qui ne regarde que moi. On va donc la faire courte : l’idée de base de BBC, c’est tout d’abord de monter un trio (« three is a crowd »…) et de répéter sans objectif précis. « Do it and have fun » donc ! Sauf qu’au fur et à mesure, je me suis laissé convaincre par Chris et Vince, respectivement bassiste et batteur, qu’il n’y aurait rien d’incongru à ce que le groupe prenne l’air et se produise ailleurs que dans le studio de répétition. C’est donc début 2004, je crois, qu’on a joué pour la 1ère fois au Brooklyn de Rouen, qui a depuis été rasé pour laisser place à l’arène Kinder. Comme nous ne sommes pas des stakhanovistes du live à tout prix, on ne peut pas nous reprocher d’avoir saturé les oreilles des normands de par nos trop nombreuses prestations. Personnellement, un concert par-ci par-là, pas trop fréquemment, est un bon rythme. On a suffisamment donné au siècle dernier pour maintenant préférer faire un bon set de temps en temps d’un côté, et bosser les morceaux et les enregistrer de l’autre.
L’idée de finalement sortir un « vrai » disque, comme tu dis, est apparue comme une évidence, non pas pour « laisser une trace dans l’histoire » (laissons ça aux autres), mais pour garder une trace de BBC, un truc sans prétention, un assemblage de titres courts, une image assez fidèle du groupe. Bien sûr, comme on est en trio, je n’ai pu m’empêcher de rajouter quelques pistes de guitare çà et là, et quelques nappes de clavier… joué avec 1, 2 ou 3 doigts maxi, mais, au final, l’ensemble correspond assez bien à la façon dont le groupe sonne sur scène. On peut dire que c’est un disque enregistré à la maison en quelque sorte, puisqu’à l’exception d’un titre, tout a été réalisé au studio dans lequel on répète, avec la complicité et les conseils avisés de Pierre Loiseau, le « gardien du temple ».



BBC Pic Sleeve


3) L’album cartonne (ce qui est normal, au vu de sa qualité), et rappelle à qui veut bien l’entendre, que ce n’est pas parce qu’une salle de concert ferme, que Rock in Rainy City is Dead. Qu’elle est ta vision du Rock d’à Rouen ?


C’est vrai qu’on en a vendu au-delà du prévu, l’idée au départ était juste d’éviter de perdre de l’argent, et il nous en reste moins d’un cinquantaine d’exemplaires, mais comme le disque n’a pas été tiré à 100.000, ça relativise le succès !!! Ceci dit, pour un groupe comme BBC, le succès d’estime est essentiel, c’est ce qui fait plaisir et on ne sera jamais blasés de bons échos recueillis dans la presse ou sur le net. Par exemple, les 2 papiers passés dans Rock’n’Folk nous ont comblés car, même s’il est de bon ton de critiquer cette institution rock’n’rollienne, ça reste quand même une sacrée référence, et s’ils disent grand bien de BBC, c’est qu’ils le pensent sincèrement.

NDLR : Voici ce que dit la presse : Dans la tradition initiée par les Dogs, ce trio rouennais excelle dans une power pop de très bonne facture, comme en atteste les sept titres de "Men From this Town", mini-LP publié chez Start! records. (Rock & Folk n° 523 - mars 2011)
et aussi : S'inscrivant dans une tradition qui valut à la scène rouennaise sa notoriété, BBC est un trio formé de trois rescapés de diverses formations locales. Son premier album plonge ses racines du côté du garage sixties et du pub-rock pour affirmer une certaine vision du rock, sans fioritures et sans complexes, où les guitares font la loi et où la fibre anglophile est conçue comme une né cessité. Refusant des reprises trop prévisibles, l'enregistrement a le mérite de mettre en avant des compositions personnelles qui ne manquent ni d'énergie, ni de style. (Rock & Folk n° 525 - mai 2011)


Pour ce qui est de Rouen, c’est vrai que l’Age d’Or est passé, mais c’est inéluctable et il est totalement inutile et improductif de passer son temps à regretter la belle époque (même si c’est vrai qu’elle était sacrément belle !) On a eu la chance d’avoir un des meilleurs groupes rock au monde avec les Dogs (si, si, n’en déplaise aux fans de Coldplay ou U2 !) qui ont permis l’émergence d’un tas de bons groupes, mais voilà, tout ça est fini, terminé. Donc, sauf à rester nombriliste, il faut tirer un trait sur cette époque, ce qui ne veut pas dire oublier, et regarder ce qui se passe aujourd’hui. Il y a toujours des groupes actifs et super intéressants, et il y aura toujours des gamins pour monter un groupe à 16 ans, il y en a encore, même si c’est parfois compliqué de trouver des endroits où jouer.

Quant à la fermeture de l’Exo7, je ne suis pas de ceux qui ont pleuré à chaudes larmes, même si j’ai trouvé ça un peu triste. Bien évidemment, c’est toute une tranche de l’histoire du Rock rouennais qui disparaît, mais cette salle ne proposait plus grand-chose aux groupes locaux depuis bien des années, et l’arrivée du 106 peut, à mon avis, créer une réelle émulation si ses responsables ont la volonté, ce que je crois. Cet endroit a déjà fait l’objet d’attaques alors qu’il est encore en période de rodage, Wait and See !!! Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes personnes qui critiquent le côté « officiel subventionné » du 106, et qui, d’un autre côté, se mettent en association pour quémander quelques subventions auprès des collectivités locales afin de sortir leur album…

Moi, je préfère que les endroits soit subventionnés plutôt que les groupes, et je n’imagine pas un seul instant coller le logo de telle ou telle institution sur la pochette du prochain BBC en remerciements de quelques €uros.

Profiter des structures existantes n’empêche pas de rester indépendant.


106


4) En attendant l’exil suisse, as-tu prévu de présenter le disque sur les scènes extérieures ?
Si oui, lesquelles ?



On a terminé la tournée mondiale 2011 par un bon concert à la Féline de Paris, après un passage au 106 où l’accueil a été bon, tant au niveau de l’équipe du 106, que du public. En 2012, nous nous somme retirés dans un monastère pour préparer l’album. Non, sérieusement, comme je l’indiquais plus haut, BBC n’a pas vocation à écumer tous les bars rock de France (bon, ok, on est un peu fainéants là-dedans….) et on préfère un bon concert de temps en temps plutôt que de multiplier les plans « galère » où tu passes tellement ton temps à courir après tout, qu’il ne t’en reste plus pour le plaisir de jouer.
Maintenant, ça ne veut pas dire qu’on refuse tout, mais on veut désormais au moins avoir l’assurance de jouer dans des conditions potables et d’être accueillis par des gens sympa, ça n’est pas trop demander, non ? On espère également être présents dans quelques festivals l’année prochaine, mais les programmations vont vite arriver, alors, avis aux amateurs, on est preneurs !!!


BBC
préparation du second disque.... pas triste...


5) Qui sont les gens de Start! ?


Les gens de Start sont encore un trio !!! On a choisi ce nom en référence à un titre d’un autre trio, infiniment plus connu que BBC, 100% british, avec un nom également en 3 lettres, dont la 1ère était un J et la dernière un M. … il n’y a pas eu de volonté de créer un label, c’était juste circonstanciel, mais après tout, pourquoi ne pas laisser la porte ouverte à d’autres projets éventuels ? Là encore « Wait and See » (tiens, ça ferait un bon titre d’album…).


Wait and See


6) Malgré un son résolument électrique et énergique, carrément rock (plus que lors de certaines productions passées), novateur (qu’une remarquable qualité d’enregistrement favorise, quelle pêche !), le disque donne une sensation de continuité, on retrouve le fil rouge, et ce, dès la première écoute… En maintenant 30 ans de musique (Didier est né le 26 juillet 1911) as-tu été tenté parfois de prendre des chemins différents, écouter les modes, ou encore faire des expériences un peu à contre courant (je pense ici au travail de certains de tes collègues rouennais…)… ou d’autres choses encore ?


Naaaaan, rien de tout ça !!! Je suis plutôt du genre fermé à l’éclectisme, limite sectaire, c’est du moins ce que l’on dit souvent de moi, même si je pense que c’est légèrement exagéré… (J’adore, à mon tour, exagérer un peu…).
Écouter des trucs nouveaux, mais… il faut que j’accroche dès le départ, sinon je passe vite à autre chose, pas envie de perdre mon temps à écouter des trucs qui ne me procurent pas aussitôt l’envie d’aller plus loin, alors que la vie est courte, et que je n’ai pas encore fait le tour de ce qui a pu sortir d’intéressant pour moi dans les 60’s et les 70’s !



Didier




7) Le prochain, c'est un triple live avec l'arrivée de Rick Wakeman dans le groupe, c'est ça ?


Le prochain ne sera ni triple, ni live, ni avec Rick Wakeman qui a décliné l’offre vertigineuse qui lui était faite, qu’il aille au diable !!! Compte tenu de sa défection, on a fait appel a un clavier, sans encore vraiment savoir si on l’intégrera sur tous les morceaux. 8 titres sont déjà en bonne partie enregistrés, il en reste 6 ou 7 à faire, et on prend notre temps… Le monde ne nous attend pas vraiment, ah, ah, ah !!! Si ça roule, sortie prévue avant l’été 2013, aux formats VINYLE et cd, selon le budget dont on disposera.

To be continued… Merci pour les questions, et désolé d’avoir mis plus d’un an (1/2 ?) pour y répondre !




Arghhh… qu’est ce qu’un an et demi, mon cher Didier, quand on navigue dans l’intemporel?

Parce que moi, je dis :

Dans 100 ans, on dira :

« Y’avait Jam... Jam...et BBC! ».



Everything’s Alright !







Remerciements éternels







Copyright L'Illustration Musicale octobre 2012 / Didier Bocquet - BBC.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire